Les Nouvelles Antigones de la Méditerranée, ou comment résister aux obscurantismes du XXIème siècle

Antigone

Quitte l’obscur et viens

Devant nous un moment

En amie, avec le pas léger

De la résolue, effrayante

Aux effrayants

Détournée, je sais

Comment tu redoutais la mort, mais

Tu redoutais plus encore

Une vie indigne.

Et tu n’as rien épargné

Aux puissants, ni transigé

Avec ceux qui sèment le trouble, ni jamais

Oublié une honte et sur leur crime aucune herbe

N’a poussé.

Je te salue !

 

> Pourquoi les Antigones?

C’est ce poème de Bertold Brecht qui a inspiré le projet des « Nouvelles Antigones », porté par l’association Sublimes Portes. Entre politique et artistique, ce projet veut donner à entendre la parole libre ou la prose sauvage et poétique des blogueuses de Méditerranée, les Antigones du XXIe siècle. 

Ces dernières années, le chaos et la confusion ont semblé gagner du terrain sur les rives de la “Mare Nostrum”. Alors que la Syrie et la Libye sont plongées dans la guerre, alors que l’Espagne et la Grèce se débattent avec les politiques d’austérité, les médias nous abreuvent de catastrophes : l’insolvabilité des pays de la rive nord, les atrocités des dictatures « laïques » et les décapitations terroristes au sud, sans parler du drame sans cesse renouvelé des naufrages de migrants, faisant de la Méditerranée un immense cimetière.

Regards singuliers, agora numérique

Comme si les jeunes générations, les peuples assemblés sur les places, de Madrid à Tunis, de Tahrir au Caire à Syntagma à Athènes, n’avaient pas existé ou n’existaient plus. Pourtant, entre les obscurantismes religieux et les dictatures militaires ou financières, il y a une société civile, où les femmes jouent un rôle de premier plan. Des femmes qui se sont battues et qui se battent encore pour la liberté d’expression, les droits humains, la dignité, et qui font entendre leur voix via les nouveaux médias ou le blogging. Ce sont ces femmes, cyber-activistes ou poétesses, qui dénoncent les injustices, informent, créent, en un mot qui résistent, au sein de leurs sociétés, face aux menaces et aux intimidations. Elles sont pour nous des “lucioles”, comme les nomme Georges Didi-Huberman après Pasolini : elles éclairent notre époque en s’exprimant librement sur le net.

Le projet de Sublimes Portes vise à amplifier ces voix de femmes, ces “écritures sauvages”, en les traduisant en français et en les reliant sur une plateforme internet, devenant une sorte d’agora numérique. Les Nouvelles Antigones, c’est une tentative de comprendre le monde chaotique dans lequel nous vivons, en l’observant à travers le regard singulier des femmes des sociétés méditerranéennes. En croisant le politique et le poétique, ce projet met en lumière ces blogueuses engagées, journalistes citoyennes ou poétesses, qui remettent la parole au cœur de la Cité.

> Les femmes derrière le projet

Les Nouvelles Antigones ont d’abord germé dans l’esprit de Nil Deniz, directrice artistique de l’association Sublimes Portes. Depuis plusieurs années, elle conçoit des résidences d’artistes méditerranéens à Marseille. La dernière en date, intitulée La Nuit d’Antigone, rassemble quatre musiciennes originaires de Syrie, d’Espagne, d’Allemagne, de Turquie… et de Marseille. Depuis un peu plus d’un an, elles travaillent à mettre en musique des textes et poèmes écrits par des femmes de Méditerranée. C’est en découvrant la richesse, la force et la beauté de ces voix féminines, que Nil Deniz imagine, avec Abir Ghattas, cyber-activiste et féministe libanaise, une « agora numérique », à même de les rassembler et les faire connaître. Abir Ghattas fait le lien avec la communauté des blogueuses et supervise également la fabrication du site. Nina Hubinet, journaliste, co-auteur du webdocumentaire Sout El Shabab / La voix des jeunes, rejoint ensuite l’équipe qui sélectionne les textes, les fait traduire, et créer la plateforme des Nouvelles Antigones.

D’autres femmes collaborent également au projet : Myra Elmir, graphiste, a créé le logo des Nouvelles Antigones, et Camille Leprince, auteur du webdocumentaire « Fabriq Algeria » et coordinatrice du projet « Ma Joconde, Ma Guernica, Mon Amour », choisit certaines des images qui accompagnent les textes des blogueuses.

> Nos partenaires

Le site internet Babelmed – et son équipe, Nathalie Galesne et Cristiana Scoppa – est associé au projet en tant que partenaire média. Certains textes des Nouvelles Antigones seront donc également publiés sur Babelmed.

Le laboratoire de recherche Telemme, de la Maison méditerranéenne des Sciences de l’Homme (Université d’Aix-Marseille), dirigé par Maryline Crivello, est par ailleurs le partenaire scientifique des Nouvelles Antigones.

> Une journée de rencontres à la Villa Méditerranée

Le 12 septembre 2015, Les Nouvelles Antigones vous invitent à la Villa Méditerranée, à Marseille. Deux tables rondes seront organisées, rassemblant plusieurs des blogueuses impliquées dans le projet.

Parmi elles, Cristina Fallaras, journaliste et écrivaine espagnole, licenciée de son poste puis expulsée de son appartement suite à la crise, et qui a décidé de raconter cette descente aux enfers sur son blog. Ou encore Amal Claudel, poétesse et blogueuse tunisienne, aux textes tranchants, qui anime un blog collectif où s’expriment des jeunes femmes soucieuses de « déconstruire le mythe de la femme tunisienne ». Ou enfin Abir Kopty, blogueuse et activiste palestinienne, qui écrit autant, sur son blog, pour défendre les droits de l’homme, le féminisme, que la lutte du peuple palestinien.

Deux invitées d’honneur assisteront également à cet événement public et gratuit : Pinar Selek et Leïla Shahid.

La soirée se terminera par un concert de l’ensemble La Nuit d’Antigone, du nom de la résidence d’artistes qui a inspiré Les Nouvelles Antigones. Quatre musiciennes, la chanteuse Sylvie Paz, la pianiste Perrine Mansuy, la flûtiste Naissam Jallal et la DJ Ipek Ipekçioglu, offriront au public ce spectacle musical. Des écrits de poétesses et blogueuses méditerranéennes seront mis en musique, et certains textes seront lus par la comédienne libanaise Darina Al Joundi.

Les Nouvelles Antigones de la Méditerranée, ou pour le dire avec les mots de la Tunisienne Amal Claudel :


La terre en a frémi
maudit ma chair,
Les diables autour de moi
M’acclamaient
Femme, Femme voilà ce que je suis !
Souche de l’Homme,
Esprit du Diable !
L’éternelle damnée !
Je déclare Désobéissance
et incendie !

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